11 mai 2007
Un jour, un Dieu
Je n’ai pas tous les jours des merveilleuses
aventures à vous conter. Alors puisque l’inspiration me fait défaut, on va
faire dans la Qulture avec un grand Q.
Quand je n’aurais rien à vous dire, je vous
décrirais le panthéon de l'Inde. Et toc!
On va donc commencer dès tout de suite par le Boss.
Brahmâ est sorti d’un œuf. On est en droit de se demander qui est arrivé en premier. L’œuf ou Brahmâ. C’est curieux l’ovoviviparité chez les dieux hindous. En effet, Brahmâ n’est pas le seul, car à l’instar des bébés crevettes, les deux autres dieux de la Trimurti, Vishnou (la paix) et Shiva (l’dire à ma mère) font aussi partie de l’omelette cosmique.
On sait relativement peu de chose de son enfance. Les textes les plus anciens relatent brièvement son passage en internat au Lycée Notre Dame d’Espérance, rue du Bois Savary à Saint Nazaire où, bon
élève mais un peu dissipé quand même, comme en attestent quelques heures de colles
dans son carnet de correspondance, il prépare un bac littéraire. C'est de toute façon surtout sa carrière de chef d'entreprise qui a fait parler de lui.
Il est président et siège au conseil d’administration de sa petite entreprise familiale qui se nomme "le Soi
Suprême". Personnellement, je trouve que ça fait soit un peu mégalo, soit Père Dodu (suprême de volaille... gettit?).
Je sais que le taf n’est pas facile et que les responsabilités sont lourdes, mais il a
quand même un peu choppé le melon, quand on sait qu’il se
fait appeler par ses collègues l'incommensurable, le seigneur
de toutes les créatures, l'auteur des quatre livres du Veda, le nombril de Vishnu, le dieu ascète, le créateur
des quatre mondes, le bon créateur et surtout le dieu
créateur de l'hindouisme mais aussi la demeure du savoir, celui qui réside dans les eaux primordiales (Lovecraft n'a rien inventé), le seigneur du verbe,
le premier voyant, le dieu de l'ascèse, l'ordonnateur, celui qui façonne, le support, le maître du monde,
le souverain suprême, l'éternel, l'impulsion indivise. Au boulot, moi on m’appelle machin
ou hé toi là
bas.
Donc... comme souvent chez les patrons, il a la grosse têtes. D’ailleurs c’est à ça qu’on le
reconnaît, puisque des têtes, il en a quatre. Souvenez vous bien de ça, j’en
reparlerai plus loin.
En temps que Big Chief, il arrive
généralement tard au bureau et n’intervient que de façon occasionnelle dans les
affaires des dieux, et encore plus rarement dans celles des hommes. Cela dit, il
c’est un peu normal, car il n’est plus tout jeune. Sa vie dure cent ans,
chacune de ces années valant 2 160 millions (ou 216 crores si vous
préférez) années des mortels comme nous. On notera au passage qu'il a une très jolie barbe.
Les mauvaises langues disent qu’il ne passe au head office que pour toucher ses jetons de présence. Ce n’est pas très sympa. A sa décharge, on peut dire qu’il a quand même bien bossé au
début. Encore plus fort que Stephen Hawking et sa
théorie des strings, (découverte sur la plage de Copacabana), Brahmâ sait tout de
l’univers puisque c’est lui qui l’a inventé, et ça, ce n'est pas donné à tout le monde.
Lecteur assidu du Kotler et Dubois, pour vendre à ses business angels et aux venture capitalists son concept de "monde", hyper novateur à une époque où il n'y avait encore rien, il sort son plus produit, la déesse Shatarûpa, celle
aux cent formes superbes. La première poule du
président de l'histoire de l'humanité en quelque sorte, avec qui selon la rumeur il aurait eu une aventure extra conjugale dans le local photocopieur, mais ce ne sont que des ragots. Elle était si belle que Brahmâ ne cessait de la
regarder. Où qu'elle allât (notez l’emploi audacieux de l’imparfait du subjonctif qui tombe trop
souvent en désuétude de nos jours), il se créait une tête pour pouvoir continuer à
la voir. Il s’était laissé pousser quatre têtes, une vers chaque point
cardinal, plus une cinquième au cas où elle passerait au dessus. Shiva, le DG de « Soi Suprême Inc. » jugea que c’était
tout à fait inconvenant, voir un poil incestueux (souvenez vous, Shatarûpa est la fille de Brahmâ puisqu'il la créée) et, de son troisième oeil, il réduit donc en cendre la cinquième
tête de Brahmâ. Et c'est ainsi que sur la photo de son passeport, il n’en n’a plus que quatre.
Privilège de son mandat, Brahmâ a une bagnole de
fonction. A sa place, j’aurais pris la nouvelle Audi A8 W12 quattro L avec la boite tiptronic en gris
volcan, mais lui a préféré un cygne blanc. Chacun son truc.
Question vie personnelle, Brahmâ est marié à Sarasvatî, la déesse de la connaissance et vit à Brahmapura, petit village située sur le mont Meru, colline mythique de 450 000 km de haut (65 597 km de plus que la distance terre-lune). Autant dire que ce n'est pas facile d'accès, et que ça explique peut-être le choix d'un cygne, plus pratique pour aller acheter le pain. Si on veut lui faire
coucou et jouer les thuriféraires, sa seule et unique permanence dans ce bas monde est à Pushkar au Rajasthan.
J’adore ce pays.
18 mai 2007
Un jour, un dieu... Aujourd'hui, Durga
Dans la série Un jour, Un dieu, je tenais à
vous parler de Durga. J’aime bien Durga. Avec ses huit bras, elle peut faire le
repassage, réparer le circuit électrique d'une Enfield, jouer à la PS2 et se faire les ongles en même
temps. C’est vous dire si c’est une grande déesse. En fait, Durga est la déesse
la plus importante du panthéon hindou (avec Laxmi et Parvati). Elle est la
déesse mère, incarnation suprême de toutes les déesses...
Faite moi confiance, je ne vous parle que du
gratin, pas des nouilles de dessous.
Mais qui est elle pour être si tant tellement
importante ?
Il y a très longtemps, loin, loin dans la nuit des temps avant même l’invention de la machine à courber les bananes, le démon-buffle Mahîshâsura, sorte de loubard cosmique faisait des misères aux autres dieux en les découpant en rondelles dans la cour de récréation. Les ‘petits’ dieux, un peu cafteur, allèrent s’en plaindre chez Brahmâ, le dirlo, et ses potes les pions, Vishnu et Shiva.
Pas question de juste lui filer une heure de colle. Pensez donc qu’à l’époque, la note de vie scolaire n’avait même pas été inventée. Difficile aussi de le renvoyer avec un mot sur le carnet de correspondance.
De la racaille je vous dis.
Lors du conseil de discipline, et alors qu'ils
réfléchissaient pour trouver une solution, une tempête éclata. Des éclairs déchiraient
l’obscurité, et un feu intense se dégagea. Les flammes prirent la forme d'une
jeune femme de toute beauté. Vous remarquerez au passage que les déesses
hindoues sont toujours de toute beauté.
Je trouve que c’est un peu discriminant pour les immondes laiderons trapus boutonneux
et à lunettes qui aimeraient aussi peut-être faire partie du panthéon.
Non ! Le moustachu est végétarien, donc pas de boudin chez les indiens.
Bref…
Durga, car c’était elle, mais vous l’aurez
deviné, venait d’être créée.
Maintenant qu’elle était là, et dans le but de
donner une bonne leçon à Mahîshâsura les autres dieux lui prêtèrent leurs
joujoux de destruction massive : Shiva lui donna son trident, Vishnu son
disque et son noeud coulant (ce qui ne signifie pas qu’il avais choppé la
chtouille), Agni le dieu feu lui fit cadeau d'un missile balistique
thermonucléaire longue portée, Himalaya le dieu des montagnes lui fit présent
d'un tigre (qui à l’instar du lion, du léopard et du jaguar fait partie de la
famille des panthères, alors que le guépard, non) sur lequel elle s'assit
gracieusement.
Elle était tellement belle dans son saree
rouge que Mahîshâsura commença à la draguer du genre :
«- Eh mademoiselle, vous êtes charmante
- …
- et oh, poulette, ça te dirait qu’on fasse dodo ensemble ?
- Tu vois pas que tu m’importunes
- Alleeeeeezzz, heuuuuuu…
- Bon Ok, mais si tu veux sortir avec moi, il va falloir que tu me battes sur un champ de bataille. »
Marché conclu !
Je vous la fais courte parce qu’en réalité ça
a duré neuf jours. Le démon-buffle envoya ses armées, qu'elle réduisit en
poudre de perlimpinpin, puis, couic-boum, elle le tua, et ramena la joie aux
habitants de la terre youkaïdi, youkaïda.
Finalement, elle préféra épouser Shiva.
Histoire de compliquer les choses, on la retrouve aussi sous la forme de Pārvatī de Kālī la noire, de Lalitha, Ambika et de Sati. Same same, but different
Quelle est la symbolique de Durga ? Ses armes montrent que pour vaincre les pulsions du mal, l’homme doit déployer différentes aptitudes, selon les situations et les circonstances : l’abandon contre l’égoïsme, la compréhension de son soi profond contre la colère, l’altruisme contre l’avidité ou le ressentiment, le discernement contre le préjudice. L’amour est l’arme universelle. A ce sujet, les anglais disent « life is a bitch, then you marry one ». J’aime bien cette maxime.
J’adore ce pays.
19 mai 2007
Un jour, un dieu... Aujourd'hui, Shiva
Vous allez
peut être dire que mon panthéon est décousu ('tain, depuis le temps que je
veux la placer celle là…), mais puisqu’on ne suit pas vraiment d’ordre d’importance,
cette fois ci c’est au tour de Shiva de se faire tirer le portrait.
D’après Awesh Raweshnon, un des plus éminent shivatologue du International College of Shivatology de la route de Laveau à Savenay, Shiva, le dieu « On casse tout et on recommence » est le principe destructeur et en même temps régénérateur du monde. Ses meilleurs potes sont Brahmā le créateur et Vishnou le conservateur.
Bien qu'il représente la destruction, il est quand
même regardé comme une force positive, puisque, après la dévastation, survient
la création régénératrice. C’est le petit Nicolas de la Trimurti en quelques
sortes.
A quoi reconnaît-on Shiva quand on le croise
dans la rue. Au fait qu’il aurait du mal à rentrer en boite de nuit. A cause principalement
de son look de beatnik. Il s’est laissé poussé des dreads qui emprisonnent les
eaux du Ganges, il a un très joli serre-tête en forme de croissant de lune, il
porte un slip en peau de panthère et un cobra autours du cou, et surtout, il ne
se déplace jamais sans son trident, qui est je vous le rappelle considéré comme
une arme de sixième catégorie par le ministère de l’intérieur et dont le port
est interdit sans motif légitime. Essayez de faire comprendre à un agent des
forces de l’ordre que c’est pour des raisons religieuses que, tel un rétiaire, vous
transportez un engin trois fois pointu et super dangereux. C’est un truc à
finir soit au gnouf, soit au CPOA de l’hôpital Saint-Anne pour les plus parisiens d’entre vous.
De toute façon, avant de rentrer en boite, il
faudrait qu’il commence par garer son taureau sacré, Nandi, et ça me parait
être un coup a se fritter avec les videurs avant même d’avoir atteint la porte.
C’est un peu con quand même, parce que parait
il, c’est un super bon danseur, le Travolta du Nirvana. Son surnom c’est Naṭarāja (nata : danse ; raja : roi). D’ailleurs, il s’entraîne
souvent, dans un cercle de feu, debout sur un nain noir féroce armé d'une
massue. Il fait ça pour montrer aux ignorants et aux hérétiques que ce n’est
pas donné à tout le monde de danser dans un cercle de feu, debout sur un nain
noir féroce armé d'une massue.
Ah…j’oubliais…il a aussi deux petits signes
particuliers qui le distinguent dans la foule, outre ceux sus-cités, qui sont un
troisième œil au milieu du front et il est bleu comme un schtroumpf après une
sombre histoire d’intoxication au moment où il barattait la mer de lait pour en
faire surgir la liqueur d'immortalité (il n’y a que moi qui voit une
connotation vachement freudienne dans cette histoire ?)
Tiens, puisqu’on est dans le registre, je ne
voudrais pas qu’on pense que je suis le seul dont le siège de la raison se
situe en dessous de la ceinture.
Shiva est très souvent représenté sous la forme d’un lingam, que les dévots oignent de lait et de beurre puisqu’un lingam en activité doit être maintenu humide. Le Linga Purana ne dit il pas, et je suis tout à fait d'accord que "celui qui désire la perfection de l’âme doit adorer le lingam." Le dieu Skanda lui-même est né suite à certaines dévotions de Agni, le dieu du feu pour le lingam. Je ne saurais que trop vous inviter à vous renseigner plus avant sur le pourquoi du comment.
Donc le lingam est une représentation
religieuse tout à fait commune en Inde.
Qu’est ce qu’un lingam, me demandez
vous ?
Un lingam est le plus souvent une pierre mais systématiquement d'apparence phallique, toujours dressé et donc potentiellement créatrice, et fréquemment associé au yoni, symbole… du yoni. Pour faire simple, le lingam s’emboîte parfaitement dans le yoni. On dirait même que ça a été fait pour. Ca y est, vous voyez ?
Pour la petite histoire, alors
que Vishnu et Brahmâ se disputaient la prééminence divine, Shiva apparut sous
la forme d'un lingam de feu infini. Pour se mettre au défi, Brahmā décida d'en
trouver le pinacle sous la forme d'une oie sauvage pour voler aussi haut que
possible et Vishnu décida d'en trouver le fondement en prenant la forme d'un sanglier
et plongea au fond des eaux. Tous deux échouèrent dans cette quête (que celui
qui a dit quéquette sorte tout de suite !) et se prosternèrent devant le
lingam de feu, reconnaissant sa suprématie. Encore plus fort que David
Coperfield, Shiva sortit alors du lingam et leur expliqua que tous deux étaient
nés de lui-même.
Voilà voilà…
J’adore ce pays.
20 mai 2007
Un jour, un dieu... Aujourd'hui, Vishnou
Vishnou, autrement connu sous le nom de Hari,
est un ami qui vous veut du bien. C’est le troisième boss de la trimurti. Dans
le Nirvana’s trio, Vishnou est le dieu préservateur, symbole de la bonté. Dieu
de la lumière, de la vie, de la paix, et il est aussi appelé Narayan, celui qui s'approche du coeur
des hommes.
Lorsque ça chauffe sur terre, que ça va mal, au lieu d’appeler les Power Rangers, on peut incanter Vishnou. Il vient alors faire le tour du propriétaire, et remettre les cheveux dans le sens du vent des vilains sous ses différents avatars.
Les catholiques doivent apprendre par cœur la
liste des saints sacrements et des péchers capitaux, pour les hindous, c’est la
liste des dix avatars officiels de Vishnous. Alors dans l’ordre, il y a :
Matsya, le poisson, pour sauver le premier être humain d'un déluge terrible.
Il y a fort longtemps, comme toujours dans ce
genre d’histoire, le sage Manu trouva un petit poisson dans le Ganges. Il le
mit dans un bocal et l’appela Bubulle. Mais, à force de manger des daphnies, Bubulle grandissait vite, très vite, trop vite
: Manu le transvasa dans une cruche, puis dans une bassine, dans un tonneau,
dans un étang, un lac avant de le relâcher en pleine mer.
Pour le remercier de lui avoir rendu sa liberté, le poisson prévint Manu d'un
déluge imminent et lui conseilla de rassembler les graines de chaque espèce
végétale et de se fabriquer une barcasse sur lequel il rassemblera sa famille
et un couple de chaque espèce (ca vous rappelle quelque chose ?).
Kurma, la tortue, pour servir de support à la baratte de Shiva,
Après le déluge, il ne restait plus
grand-chose sur terre et tous les trésors avaient été pillés par les démons.
Pour retrouver ces trésors indispensables au prompt rétablissement de l'ordre
dans ce bas monde, Vishnu se transforma en une tortue géante et se posa au fond
de l'océan de lait. Les dieux, dont Shiva (suivez, sans ça on ne va jamais y
arriver) placèrent alors une montagne gigantesque sur sa carapace. Avec un
technique un peu complexe consistant à tirer la queue d’un serpent lové contre
la montagne, cette dernière se mit à tournoyer, provoquant ainsi le barattage
de la mer de lait. C'est de ce beurre que sont issus les trésors divins tels
que la liqueur de l'immortalité, la déesse de la
beauté et de la santé, la Lune, mais aussi le premier éléphant et pleins
d’autres trucs super pratique pour vaincre le mal.
Varâha, le sanglier, pour s’emparer de la terre,
Un jour, un petit malin tenta de balancer la
nouvelle terre vers le fond de l’océan. Pour l'en empêcher, Vishnu se
métamorphosa en un sanglier aux défenses capables de remuer des montagnes de
limon. La version suidée du tractopelle. Après un combat de 1000 ans +/-
ten-fifteen days, Vishnu lui colla une raclée mémorable et dit très clairement
aux autres démons que le premier qui essaye d’engloutir la terre à nouveau se
prendrait un aller-retour barbaque-bifteck, et qu’il ne devra pas se demander
d’où ça vient. Qu’on ne les y reprenne plus !
La
suite, demain…
J’adore
ce pays
21 mai 2007
Un jour, un dieu... Aujourd'hui, Vishnou part II
Vishnou, le retour de la vengeance.
Le quatrième avatar de Vishnou est Narasimha, l'homme-lion, pour étriper le démon Hiranyakashipu
Encore un nouveau CDD pour Vishnou. Hiranyakashipu,
hyper caille-ra nirvanesque expulsa un jour les dieux du paradis en s’appropriant
par là même des pleins pouvoirs sur l'Univers et les connaissances. Hiranyakashipu avait une particularité assez utile en
ces temps troublés. Il ne pouvait être tué ni par un homme, ni par un dieu, ni
par un animal, ni à l'extérieur, ni à l'intérieur, ni au sol, ni en l'air.
Alors qu’il est d’un naturel plutôt cool, Vishnou choppa quand même les
abeilles sur ce coup là.
Après une course poursuite de plusieurs siècles, (1000 ans semble être une durée moyenne pour claquer le beignet d’un démon), Hiranyakashipu lança de rage un coup de pied dans la colonne de pierre dans laquelle Vishnou s’était caché. Il en sortit son dernier avatar en date : un terrible guerrier à tête de lion. Donc, Super Vish’ saisit Hiranyakashipu au seuil d'une porte (ni à l'intérieur, ni à l'extérieur) et en le calant sur son genou, afin qu'il ne soit ni au sol, ni dans les airs, et d’un coup de griffe, il l'éviscéra.
Vamana, le nain, pour vaincre le démon Bali,
Le démon Bali, un Nième méchant à la James Bond qui voulait devenir
maître de l’univers, investit le paradis par l’entrée des fournisseurs. C’est
quand même la deuxième fois. Si j’étais les dieux, je mettrais un interphone à
l’entrée du paradis. Ou alors un watch man avec une casquette et un sifflet. Et
un badge Security sur la chemise.
Une fois de plus, seul Vishnu pouvait le
vaincre, mais plutôt sur le plan psychologique que physique.
Il alla donc voir Bali sous la forme d’un
nabot, souhaitant exploiter pour survivre autant de parcelles de terrain qu'il
pouvait parcourir en 3 pas. Bali accepta naturellement cette requête. Ouah la
boulette ! Vishnu reprit sa forme divine et en deux pas seulement parcourut
tout l'Univers. Avec le troisième pas, il fonça vers la tête du démon et lui
mit la branlée du millénaire. Bali reconnut sa défaite et devint le garde-frontière
de l'enfer. Mais Indra, sorte de Saint Pierre à moustache, était tellement
furieux de s’être fait squatter son paradis une fois de plus qu'il foudroya
Bali. Vishnou récupéra le corps du démon et s'en servit pour créer les gemmes
et pierres précieuses. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme,
comme disait Lavoisier.
Parashurama, le rama à la hache, pour souffler dans les bronches des Kshatriya,
Une sombre histoire d’adultère, et de putch
avorté, tout droit sortit de l’imagination d’un ex-agent du KGB.
Le roi renversé fit appel à Vishnou pour
mettre une danse aux Kshatriya, la caste
des guerriers responsables de l'insurrection. Pour châtier les Kshatriya il fut
décidé que cette caste devrait désormais, et pour l'éternité, se
soumettre à celle des prêtres, les brahman, qui devinrent de facto, la plus haute caste..
Râma,
Je vous ai déjà conté les aventures de Rama et de sa femme Sita dans ce blog. Je n’y reviens donc pas.
Krishna, amateur de plaisirs, jeune et beau joueur de flûte devant les bergères,
Krishna, signifie bleu-noir en sanskrit. Le
roi la province du Mathura, dont Krishna était le neveu, craignant de se faire
renverser par un membre de sa famille, ordonna classiquement d'assassiner tous
les enfants mâles de ses frères et sœurs. Devaki, la mère de Krishna eut tout
juste le temps de le confier à des bergers nomades (bon, je vous l’accorde, il
n’y a pas besoin d’aller jusqu’en Inde pour trouver des histoire comme ça).
Le petit Krishna grandit très vite et devint très fort parce qu’il finissait
toujours son dal. Il pouvait par exemple déraciner deux arbres à la fois à
mains nues, vaincre des démons, voir même provoquer Indra, le dieu de la pluie
et de la foudre en duel.
Mais Krishna était aussi un sacré bourreau des cœurs. Il se fabriqua une flûte enchantée qui pouvait faire tomber n'importe quelle femme... Ah le salopiaud !
Il passe son temps à taquiner les gôpi, les bergères qui se
baignent nues dans un étang, en leur volant leurs vêtements et se réfugiant au
sommet d'un arbre, ne daignant leur rendre leur affaires que lorsqu'elles
viennent les lui demander au pied de l'arbre. Fieffé coureur de jupons (enfin
de sarees) il collectionna tellement les conquêtes qu'il passa maître dans les
arts érotiques et devint même le dieu de l'amour et de l'épanouissement sexuel.
(note pour plus tard : si c’est ce que ça prend, il faut absolument que je
me mette à la flûte magique). Il parait, mais ce sont des rumeurs, que c’est
Krishna qui composa une nuit sur le mont
chauve et non Moussorgski, en hommage à son épouse Radha qui était
partante pour une partie de radada si vous voyez ce que je veux dire…
Arrivé à l'âge adulte, il se mit en guerre contre son tyran de tonton, une
guerre sanglante, dantesque, qui n'épargnera pas grand monde. Forcément, comme
c’est en fait Vishnou, il sort victorieux et met en place un gouvernement juste
avant de se retirer dans la forêt de son enfance pour méditer. Un jour qu'il
était en pleine médiation, un chasseur qui le prit de loin pour un cerf, décocha
une flèche empoisonnée qui atteignit Krishna dans la seule partie vulnérable de
son corps, la plante du pied. Avant de mourir Krishna eut tout de même le temps
de réconforter le chasseur, effondré par sa maladresse et il rentra tranquillement
au Nirvana le cœur léger, satisfait d'avoir montré aux humains combien la
sensualité était importante dans la vie.
Siddhârta Gautama, le Bouddha,
Il s'agit de la dernière incarnation en date
de Vishnu, qui voulait démontrer l'infinie puissance de la sagesse et de la
méditation. Une nuit, une reine vit en rêve un éléphant blanc à six défenses la
toucher de sa trompe entre les cuisses puis la pleine lune se réfugier en son
sein. Comme quoi ça arrive à tout le monde d'avoir des rêves coquins. Mais une trompe d’éléphant, quand
même, ce n’est pas raisonnable. Quelques jours plus tard, à la suite d’une
grossesse express, elle donna naissance à un garçon de 3,745 kg pour 52 cm. A
peine né, Siddhârta prit possession de l'Univers en se tournant vers les points
cardinaux, puis en faisant sept pas vers le nord. Certes un peu moins précoce puisqu’il a déjà 3
ans, je reste persuadé que si on lui donnait l’occasion, mon neveu Victor prendrait
lui aussi bien volontiers possession de l’Univers. Mais sa maman ne veut pas.
Vers 26 ans, un jour qu'il se promenait, il croisa sur le bord du chemin un très vieil homme, puis un malade en phase terminale et enfin, un mort. Profondément bouleversé par la fragilité et la préciosité de la vie, il décida de devenir ascète et de parcourir le pays prêcher la voie de l’illumination, pour devenir Boddhisattva, puis Bouddha.
Kalki, le dixième avatar officiel de Vishnou
Un jour, quand ça ira vraiment mal, que
Georges W aura appuyé sur le bouton du champignon magique, Vishnou redescendra
sur terre sous la forme de la figure apocalyptique de l'ère ultime dite de Kali
Yuga.
La dernière incarnation n'a pas encore eu lieu mais est déjà inscrite dans l'Ordre Cosmique. Vishnu reviendra une dernière fois sur le dos d'un cheval blanc, brandissant une épée de feu dans sa main droite. Il anéantira tous les démons et tous les humains au cœur mauvais. Je ne nommerai personne, mais j’en connais qui ont intérêt à commencer à numéroter leurs abatis. Il mettra fin au monde tel que nous le connaissons, puis après une nuit, cosmique elle aussi de plusieurs millénaires, il créera un nouveau monde, inaugurant ainsi une nouvelle ère. Tenez vous le pour dit.
Enfin, il existerait un 29ème avatar de Vishnou, qui serait né à Nazareth entre un âne et un bœuf. A chaque fois qu’il faut sauver les hommes, de toute façon, c’est un job pour Mister V.
J’adore ce pays.
24 mai 2007
Un jour, un dieu... Aujourd'hui, Laxmi
C’est aussi le nom du cochon d’inde de la
petite Angèle, mais bon, ça n’a rien à voir.
Lakshmi est la fille du sage Bhrigu et
l'épouse fidèle, aimante et dévote de Vishnu, elle est son aspect féminin, elle
est son énergie, sa shakti. Je veux la même. Elle est sortie avec son frère, Chandra, la
lune, de la mer de lait lors de son barattage. Shiva aurait demandé à ce
dernier un jour des nouvelles de sa frangine :
« Et ta sœur ?
Elle bat le beurre »
L’expression est restée depuis.
Les moustachus la représente habituellement en
saree rouge, assise sur un lotus, avec quatre bras, c'est-à-dire pas beaucoup
pour les standards locaux et relativement handicapant pour le muli-tasking.
Chacune de ses mains du haut tient une fleur de lotus, sa main inférieure
droite fait le geste du don et la gauche répand des pièces d’or. C’est sympa
pour ceux qui sont en dessous, mais je trouve ça quand même un peu vulgaire de
flamber sa fortune de la sorte. Elle est souvent entourée de deux éléphants
blancs, symboles de chance et de célébrité.
Rien n’étant simple dans la mythologie hindoue,
Lakshmi se fait appeler Sîtâ, quand elle est la compagne de Râmâ dans le Râmâyana,
Draupadi, l’épouse des 5 Pandavas dans le Mahâbhârata et Rukmini, adoratrice de
Krishna.
Enfin, quand Lakshmi se déplace, elle le fait sur
le dos de la chouette Ulooka. Si elle part en vacance avec Vishnou, alors ils
prennent Garuda, l’aigle. Garuda, c’est un peu le monospace divin.
J’adore ce pays.
25 mai 2007
Un jour, un dieu... Aujourd'hui, Ganesh part II
Vous en voulez encore? Alors, Ganesh, la suite…
C’est que ca bouffe un éléphant ! Et le
Ganesh, il faut mieux l’avoir en photo qu’en pension, j’aime autant vous dire.
Un jour, Kubera, le dieu des richesses organisa un dîner fastueux auquel assistaient, entre autres le couple Shiva / Pârvatî, et leur rejeton.
Celui-ci était encore enfant, mais quand il commença à manger, il se révéla avoir un plutôt bon coup de fourchette. D’ailleurs rapidement, les autres invités se retrouvèrent devant des tables vides. Ne se contenant pas d'avoir ingurgité toute la pitance disponible, Ganesh se mit à grignoter la vaisselle, l'ameublement et tout ce que contenait la capitale de Kubera. La faim vorace de Ganesh ne semblait pas avoir de limite.Quand il eut tout engouffré, Ganesh menaça même d'avaler Kubera lui-même.
Epouvanté, le dieu des richesses se jeta aux pieds de Shiva pour solliciter son assistance. A ce stade là, de vieux réflexes acquis à user mes pantalons durant de longues heures en amphi me font supposer que le jeune Ganesh, souffre d’un défaut de transport de la leptine vers l’hypothalamus, probablement associée à une mutation délétère voir un knock-out complet du gène du récepteur 4 de la mélanocortine. Mais c’est juste une hypothèse.
L'intervention de Shiva fut élémentaire mais radicale.
Il donna à son fils une poignée de céréales grillées. Il les mangea et, prodigieusement,
sa faim se dulcifia instantanément. Je n’arrête pas de le dire. Un bon bol de
corn flakes, il n’y a rien de mieux pour vous caler une dent creuse.
Pourquoi ce céphalopachyderme n’a t’il qu’une
incisive, vous demandez vous après avoir examiné attentivement la kitchissime
représentation de lui postée dans la première partie ? Il existe plusieurs
légendes pour expliquer le fait qu'il est aussi appelé Ekadanta "Celui qui
n'a qu'une défense". Mais les deux plus intéressantes sont les
suivantes :
Un jour, Ganesh reçut plein de biscuits. On connaît sa gourmandise. Il les engloutit donc aussitôt puis comme il se faisait un peu tard, il rentra chez lui.
Ganesh pris l’équivalent cosmique de la Twingo puisque sa monture à lui, c’est une souris. Malheureusement, dans la pénombre de la nuit tombante, la souris trébucha sur un serpent. Ca ne vous parait pas un peu énorme cette histoire de mastodonte qui chevauche un rongeur, ce dernier se prenant les guiboles dans un reptile ?
Toujours est il que Ganesh désarçonné tomba par terre.
Mais il avait tellement baffré que son estomac explosa à l’impact et les gâteaux retrouvèrent leur liberté. Ganesh les recueillit et les rangea dans son ventre désormais ouvert. Pour refermer le tout, il attrapa le serpent fautif et l’utilisa en guise de ceinture.
En voyant ce spectacle plutôt amusant, la lune, Chandra, éclata de rire. Ganesh, furieux, arracha sa défense droite et la projeta à la face de la lune. En même temps, il lui lança une malédiction afin qu'elle cesse de briller la nuit et qu'elle disparaisse des cieux.
En effet, à cette époque, la pleine lune brillait toutes les nuits. Sans Chandra, les dieux et les amoureux du clair de lune trouvèrent vite la vie insupportable. On ne pouvait plus dormir, avec le soleil désormais omniprésent. Aussi implorèrent-ils Ganesh, de lever son sort.
Ganesh, fondamentalement plein de bonté accéda
à leur requête mais décréta que, malgré tout, la lune ne pourrait plus jamais
briller comme avant et qu’elle croîtrait et décroîtrait, d'une quinzaine
lumineuse à une quinzaine obscure.
C'est pour cette raison, dit-on, qu'il n'est
pas bénéfique de regarder la lune le jour anniversaire de Ganesh, le Ganesh
Chaturthî. Celui qui passera outre aura de gros problèmes... Et si, par
malchance, on l’aperçoit ce jour là, on doit alors lancer au plus vite des
pierres sur la maison d’à coté, afin que les tombereaux d’insultes proférées par
les voisins enrayent le courroux de Shri Babar. Vraiment, j’adore le folklore
de ce pays.
Une autre légende explique
que « pas du tout en fait ».
Le sage Vyâsa fut chargé par Brahmâ de rédiger le Mahâbhârata. Ganesh en serait le scribe. Cependant, je ne sais pas si vous avez déjà vu le Mahâbhârata, mais c’est un sacré paveton, et la condition posée par Ganesh pour servir de nègre était que Vyâsa dicte l'épopée sans aucune interruption.
Ce qui devait arriver arriva, Ganesh fut bientôt à court d’encre, et utilisa sa défense droite pour continuer à écrire. C’est donc lui qui lança la mode des porte-plumes en ivoire.
J’adore ce pays.
Un jour, un dieu... Aujourd'hui, Ganesh part I
Ganesh, ou Ganesha, ou Ganapati est de loin le
dieu le préféré des hindous. Il existe plusieurs légendes sur la naissance de
Ganesh. Mais je vais vous narrer z'ici la plus connue, celle du Shiva-Purâna.
Parvati, l'épouse de Shiva qui taquinait le
démon à quelques années lumières du domicile conjugal, fut un jour dérangée alors
qu'elle barbotait dans sa baignoire. Irritée de n'avoir personne pour garder sa
porte, elle se frotta le corps et, des baumes parfumés qu'elle obtint, (Freud, quand tu nous tiens...) elle
modela un enfant beau comme le jour. Il était plus beau que tous les Dieux
réunis, et son visage brillait comme le soleil levant. C’est pour dire que ce
n’était pas un laideron. Shiva qui était loin n’était pas au courant de ce tour
de passe-passe nirvanesque.
Elle planta donc Ganesh, car c’était lui, devant la porte du manoir. Les textes ne disent pas si elle lui donna une casquette, un sifflet, et une chaise en plastique, mais c’est de toute évidence le premier cas recensé de watchman de l’histoire de l’humanité.
A l’instar de Baba Boulle, le gardien de nuit
de l’Olympia, Ganesh faisait super bien son boulot. Mais un jour, il voulut
empêcher Shiva, qu’il ne connaissait pas, d'entrer.
On imagine la scène :
C’est
pour quoi ?
Pour
rentrer, pardi !
Ca ne va
pas être possible. C’est une soirée privée.
Oui mais
c’est chez moi quand même.
Voyez
vous ça ? Vous êtes qui d’abord ?
Ben,
Shiva
Shiva
qui ?
Shiva,
le dieu Shiva, Super Shiv si vous préférez
Ouai,
c’est ça ! Et moi je suis Coluche et lui c’est les Beatles dit Ganesh en pointant du doigt un moustachu occupé à repeindre
la façade du palais. Puis il ajouta :
Ne
restez pas devant la porte Monsieur... Visha? C'est ça? Vous gênez
Fait pas
ton malin le videur de mes deux, sinon je t’en colle une
T’as
qu’à essayer, pour voir, sale schtroumpf…
Un brin soupe au lait, Shiva alors lança ses hordes
célestes, les Gana, contre son fils. Dans la bagarre, couic boum, la tête de
Ganesh fut tranchée. Le pire dans cette histoire, c’est qu’on ne retrouva pas
le chef de l’enfant. Il avait du rouler sous un buisson.
Alertée par le bruit, Parvati sortit de sa salle de bain et en voyant la scène, se mit à pleurer. Shiva comprit qu’il venait de faire une gaffe monumentale, de classe internationale.
Il dépêcha alors des messagers avec ordre de rapporter la tête du premier être vivant regardant vers la direction réputée de bon augure et synonyme de sagesse, le nord.
La première créature qu'ils rencontrèrent était un éléphant endormi. Un coup de hache bien placé, et ils en rapportent la tête. Shiva, la replaçant sur le corps de l'enfant, lui insuffla la vie.
Histoire de rattraper sa boulette et de ne pas
dormir sur le canapé du salon, Shiva reconnut Ganesh comme son fils et le nomma
chef de tous ses serviteurs. Ganesh devint donc Ganapati, c'est à dire
"Maître des Gana". Mais de nos jours, on l’appelle aussi Vighneshvara,
Ganesha, Heramba, Gajânana, Lambodara, Ekadanta, Soorpakarna et Vinâyaka.
Parvati profita un chouia de la situation et demanda également qu’à partir de désormais, son fils soit honoré en premier, avant tous les autres dieux. Même les invocations aux autres divinités n'auraient aucun effet si elles n'étaient pas précédées d'une prière à Ganesh. Il devient de facto en quelques sortes le standardiste du Nirvana. Tous les appels doivent passer par lui.
Accordé.
C’est donc pour ca que je ne suis encore
jamais rentré dans un magasin ou un bureau où il n’y a pas une petite statue ou
affiche de Ganapati.
La suite, tout de suite.
J’adore ce pays
05 juillet 2007
Un jour, un dieu.... Aujourd'hui, Kali
Je sens bien que je vous boursoufle le cortex avec mes élucubrations météorologiques criantes d’incompétence, et que vous vous battez le coquillard avec une patte d’alligator femelle de la sporulation de mes chaussures. Je vais donc faire ce que j’ai promis quand je n’ai rien à dire, faire dans la Kulture, et vous parler du panthéon.
Aujourd’hui, c’est Kali.
Comme Durga ou Parvati, Kâlî, la Noire est une représentation de Shakti, la déesse-mère, exterminatrice et créatrice. Elle est censée être la septième langue d'Agni, le dieu du feu. Et oui, Agni avait 7 langues, ce qui super pratique pour coller les timbres à Noël. Enfin il n’en n’a plus que 6 puisque la septième, c’est Kali, on vient de vous le dire.
La mûrti de Kali est la représentation la plus terrifiante du panthéon hindou. C’est vrai qu’elle fiche un peu le foies avec ses yeux et sa langue vermillons et sa peau d’ébène.
On la représente nue, le regard féroce et la langue tirée, portant un long collier de crânes humains, descendant parfois jusqu’aux genoux. Quand elle n’est pas complètement à poil, elle porte un pagne de bras et de têtes coupés. C’est peut être moins facile à porter, mais nettement plus facheune que les bananes de Joséphine.
Contrairement à beaucoup d’autres dieux, elle n’est pas armée d’une lance et ne ressemble donc ni à un lancier du Bengale ni à un uhlan prussien. Elle préfère une modeste épée. C’est dommage, car comme je le dis toujours, j’aimerais bien la voir en temps qu’uhlan.
Sous sa forme Bhadrakali, on la retrouve avec plusieurs paires de bras, comme d’hab finalement pour les dieux et déesse hindou. Son confiteor est surtout récité dans l’est et en particulier en Orissa et au Bengale. On trouve d’ailleurs un temple qui lui est consacré à Kolkata, où chaque jour des chèvres sont sacrifiées. Après ces dévotions sanguinolentes, on se sert des restes de cornes, de poils et de petits os pointus des dépouilles caprines pour faire de surprenants curries d’agneau et faire croire aux touristes naïfs qui survivent à leur ingestion que c’est de la viande. Pour 35 roupies avec les chappatti, vous auriez quand même du vous méfier !
Mais pourquoi Kali est elle si méchante ?
Il y a fort, fort longtemps, avant même l’invention du fil à couper le beurre chauffant, Rakta-Vija (de rakta, qui signifie sang et de Vija qui signifie une baguette bien cuite), un démon gigantesque infestait la terre, détruisant l’humanité au fur et à mesure de sa création. Les Dieux dépêchèrent Kâlî pour le découper en rondelle. Comme dans un film de John Carpenter, aussitôt que le sang de l’asura touchait le sol, chaque goutte se transformait en un nouveau démon, aussi redoutable que le premier. Elle se servit donc de sa langue pour empêcher le sang du démon de couler. Mais cela l'intoxiqua et elle devint complètement coucou, bonne pour une petite giclette d’halopéridol. Elle se mit à danser fiévreusement, excitée par la viande de tous ces trépassés sous ses pieds, mettant en péril, rien que ça, l'équilibre du monde. Pour l'apaiser, Shiva se coucha entre ses jambes, ce qui contint la chorégraphie dévastatrice.
Bon… histoire de déléguer un peu ses pouvoir, avec sa sueur mélangée à de la terre, elle créa deux hommes qu’elle chargea de l’heureuse fonction d’affranchir le monde des vilains pas beaux en tout genre. Elle leur apprit comment tuer sans effusion de sang. La terre fut bientôt délivrée de la race des démons grâce à cette nouvelle secte d’étrangleurs facétieux, les Thugs.
Tu as bien dit les Thugs ? me demandez vous d’un air incrédule
Oui, j’ai bien dit les Thugs, comme dans Indiana Jones et le temple maudit.
Mais je vous en parlerai au prochain numéro…
J’adore ce pays





