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Dooroon Dongar Saajare - Les collines ont l'air lisses, vues de loin (proverbe marâthî)

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06 juillet 2007

Les Thugs

Les Thugs datent de la plus haute antiquité, c'est-à-dire du XIIIème siècle environ, sous le règne du sultan Jalâl ud-Dîn Khaljî. Ce dernier, né à Delhi, de petite taille et d'un caractère paisible, était un nain doux, mais ce n’est pas le sujet de ce billet.

On les appelle parfois Maurice ou Robert, mais plus souvent Phansigar, ce qui signifie « utilisateur du roomal», foulard sacré à nœud coulant. En effet, en temps que dévots de Kali, il ne leur est pas permis de répandre le sang, et c’est avec un garrot bien placé qu’ils font manger les pissenlits par la racine à leurs victimes. D’ailleurs, celui qui répand une goutte de sang se fait salement chambrer par les collègues. Il est banni de la secte.

thugs01Les thugs s’ordonnent, enfin s’ordonnaient parce qu’ils se font plutôt rare ces temps ci, en une communauté bien organisée qui, par groupes de 10 à 40 personnes, sillonnaient l’Inde sous l’apparence d'honnêtes vacanciers et obtenaient la confiance des voyageurs à grosses bourses en vue de les dépouiller. L'assassinat pour le profit étant un devoir religieux, être Thug était du coup un artisanat saint, honorable et moral. C’etait tellement respectable que la profession se passait de père en fils. Chaque rapine meurtrière / sacrifice humain était précédé de cérémonies en l’honneur de la déesse. En général, les thugs faisaient disparaître toutes traces de leurs victimes en les mutilant sauvagement à grands coups de hache dans la truffe avant de les enterrer. Leurs crimes étaient suivis de cérémonies appelées « tuponee » pendant lesquels ils mangeaient du sucre de canne en priant Kali. Le butin était fidèlement remise à aux chams (prêtres), qui seuls étaient initiés aux mystères du culte. On les reconnaît d’ailleurs parce que sur les gravures, ils ont un doigt dans le culte. Mais je m'égarre.
Un Thug n’est purifié du meurtre que par cet abandon volontaire du grisbi, auquel il est bon ton d’ajouter personnellement un petit cadeau pour le prêtre.

Il ne suffit pas de vouloir devenir Thug pour le devenir. Non non non… On se fait initier. Oui madame. La cérémonie débute par de grandes ablutions purificatrices. On confie au novice le roomal et une très jolie hache en fer. Le guru local implore la déesse d’accueillir le nouveau fidèle en lui faisant un signe. Il n’y a guère d’exemple que l’aspirant n’ait jamais été repoussé. Kali est pleine de complaisance, et elle a toutes sortes de façons de manifester sa volonté. Le vol d’un oiseau, le cri d’un animal quelconque indiquent que le jeune padawan est digne d’être admis. Ensuite, le prêtre met sur la langue du nouvel initié un morceau de sucre consacré (faut vraiment pas être diabétique pour être Thug. Pensez vous, au XIIIème siècle, le Canderel n’avait pas encore été inventé), et tout est dit. Il peut désormais serrer le kiki de qui il veut.

De qui il veut ?
Pas tout à fait quand même…

En effet, il était interdit aux Thugs de sacrifier certains de leurs contemporains dont le meurtre ne satisfaisait pas Kâlî. Parmi eux, on trouve les femmes, les blessés, les lépreux, les artistes, les sadhus ou les fakirs et les pauvres gens de basses castes, comme les blanchisseurs, les balayeurs, les forgerons, les charpentiers et les presseurs d’huile. Les Sikhs sont aussi semble-t-il tabous. Les enfants présents dans les caravanes attaquées devaient être adoptés par les thugs et intégrés dans leur secte.

Je vais en Inde en septembre. Où peut on voir des thugs de nos jours ? Existe-t-il un zoo ou une réserve naturelle pour admirer ces amoureux du travail bien fait ?

Et bien non.

En 1828, le capitaine de sa très gracieuse majesté William Sleeman, administrateur du district de Jabalpur décide de mettre une conclusion aux agissements des Thugs. Il découvre qu'au moins 5 000 individus font partie de cette bande de joyeux lurons, responsables de probablement 40 000 serrages de glotte par an. Il met sur pied une force spéciale, le Thuggee and Dacoit Department qui entreprend une attrition radicale avec arrestation, emprisonnements et aveux. Les conneries c'est comme les impôts, on finit toujours par les payer. Sleeman interroge plus de 3 000 Thugs qui lui révèlent l'existence d'un maître: Faringeea. A là suite de l’interpellation de sa mère, sa femme et son enfant, histoire de lui coller un peu la pression, Faringeea se rend et est mis à mort. En 1853, Le mouvement des Thugs est officiellement anéanti. Sans regret pour personne...

Voila voila.

J’adore ce pays

PS: Thug ne se prononce pas comme à l’anglaise, mais comme à l’indienne. Comme teug, mais avec un H aspiré après le T. Faites gaffe quand même. On commence par aspirer le H après le T, et on finit par fumer de l’herbe avec le café…



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